Manuel Rodriguez dit Manou Rodriguez de la calle del sol : participation de Manuel au forum du Pélerin 1/3
Souvenirs de Sidi-bel-Abbes
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Cher Monsieur Gauci,
j'ai pratiquement le même âge que vous, bientôt 69 ans.
Combien de fois me serai-je posé les mêmes questions que vous en suivant les émissions de radio, de télévision, et en lisant des articles de presse?
Que d'amnésie? Que de mauvaise foi? Que d'affirmations caricaturales?
Je ne reviendrai pas sur ce que vous affirmez tout au long de votre article. Vos interrogations suscitent en moi la même amertume et je sais que nous sommes très nombreux dans ce cas, parmi les Français d'Algérie.
Je me contenterai d'évoquer quelques exemples illustrant ce malaise durable qui hante ma mémoire.
Chaque fois que l'on évoque la présence Française en Algérie, il n'est question que de colonisateurs, gros propriétaires terriens et de colonisés misérables.
Les centaines de milliers de Français d'Algérie, manoeuvres, ouvriers, artisans, employés de bureaux, petits fonctionnaires, enseignants, petits commerçants .. etc dont le revenu moyen était inférieur à celui des Français de Métropole, ne sont jamais évoqués dans les débats. Ce sont les laissés- pour- compte du drame Algérien. Camus l’aura souligné maintes fois avant de disparaître tragiquement.
Que dire des jeunes bacheliers qui ne pouvaient poursuivre leurs études à Alger, à 450 Kms de chez eux, parce que leurs parents ne pouvaient plus assumer. Des privilégiés ?
J'eus l'occasion entre 1958 et 61 d'occuper un poste d'instituteur à 5 Kms de Sidi- Bel-Abbès. J’en ai gardé les photos de classe: 44 élèves (avec 10 de moins en Métropole, ce serait une révolution) dont deux tiers de petits Algériens.
Pourquoi donc de jeunes élèves instituteurs se mirent-ils en grève dans certaines écoles Normales du Sud-ouest de la France, en Septembre 62 ?
Leur syndicat venait tout simplement de leur apprendre que quelques postes d'instituteurs seraient bloqués pour y installer des collègues venant d'Algérie. Il s’agissait de jeunes Normaliens stagiaires n’ayant jamais encore enseigné. Rendez-vous compte ? ils risquaient d’obtenir un premier poste à  …50  Kms de chez eux.
Quel bel exercice de solidarité envers des collègues ayant tout perdu, désemparés et parachutés là en urgence. C'était pourtant des gens de même niveau social qu'eux, des frères de classe, si j’ose dire.
C'était à vous écœurer à jamais d'adhérer à un syndicat, égoïste, aveugle, où l'entraide, la solidarité, l'union n'existaient plus.Pourquoi?